Porte et port d’accès entre l’Europe et le Moyen Orient, Beyrouth est ce carrefour des civilisations.

Pour certains, c’est le plus européen des pays du Proche-Orient. L’un des plus cinéphiles aussi, depuis l’ouverture en 1919 de sa première salle, le Cosmograph. Aujourd’hui encore, malgré les difficultés que traverse le pays, endeuillé depuis des mois par une crise sociale et politique que la situation sanitaire n’a fait qu’empirer, le cinéma libanais reste vif. 

L’histoire mouvementée du Liban — guerres, occupations, conflits — a donc toujours influencé le cinéma.


C’est donc grâce à nos deux co-programmatrice.eurs invité.e.s Liana KASSIR et Wissam CHARAF que nous allons construire une programmation riche aux reflets de cette ville si singulière. Des films de patrimoines et des films contemporains viendront dialoguer pour permettre au public une compréhension large du cinéma Libanais.

Fictions, documentaires, court ou longs métrages construiront cette programmation. 

L’idée du festival de choisir une destination est bien de mettre en bascule, un cinéma du patrimoine et des créations contemporaines. 

De quoi nous parlent les cinéastes aujourd’hui ? Comment arrivent-ils à créer ? De qui s’inspirent-ils ? Quels nouveaux « artifices » de création utilisent-ils ? Quels soutiens nécessaires, difficultés à produire ? Quelle ouverture possible à l’international pour la diffusion de leur création ? 

Difficile, d’appréhender l’évolution de la ville, son cinéma en étant totalement extérieur. 

Nous avons interrogé nos co-programmateurs, vivant à Beyrouth, au travail reconnu au niveau international, (leurs films ont en effet été sélectionnés dans les plus grands festivals du monde) pour leur cinéma poétique, nourri de leur vécu personnel, et fatalement d’une réalité collective

Liana KASSIR et Wissam CHARAF seront bien sûr présents le temps du festival, pour aller à la rencontre de tous les spectateurs. 

De “The River” de Ghassan Salhab ou l’art de disparaître dans un dernier refuge, à “Waves 98” Ely Dagher qui sonde le dégoût de naître et grandir en tant que libanais, en passant par les chroniques de la séparation de “Lettre d’un temps d’exil” de Borhane Alaouié, nous souhaiterions partager avec les spectateurs cette énergie créatrice envers et contre tout. Celle de plusieurs générations de cinéastes qui, avec souvent peu de moyens, réussissent à faire exister un cinéma singulier. Un cinéma à l’état organique, qui, au fil des années, s’est auto-généré, au gré des initiatives de ses réalisateurs, qui ont appris à ne pas quémander auprès d’un État absent une aide ou un financement qui ne viendra pas. Un cinéma qui résiste à l’amnésie et à la disparition des traces, porté par un essaim d’auteurs sans réelles infrastructures. 

 

Et ce n’est pas facile. Pendant la guerre civile (1975-1991), les cinéastes ont porté avec engagement leurs caméras sur les lignes de front. Aujourd’hui, toujours plus nombreux, les nouvelles générations de cinéastes témoignent, chacun à sa manière, de l’effondrement de leur pays, sous les coups de boutoir des crises successives. Car un film libanais subit l’Histoire dramatique de son pays et porte son histoire en même temps. Dès lors, comment se libérer du contexte tout en restant fort et pertinent ? C’est le défi auquel font face les cinéastes du Liban.

 

Alors, pourquoi mettre en lumière Beyrouth, ville divisée, ville-port, ville-transit ?

Parce que le cinéma reste l’une des manières les plus fortes de raconter un tout petit pays dont la réalité a dépassé les meilleurs scénarios d’amour et de haine, de passion, de déferlement de violence. 

Parce que Beyrouth, aujourd’hui dans le noir, en a besoin plus que jamais, sur cet écran, de cette lumière. »